Située sur la rive orientale du Nil, l’antique cité de Thèbes était
connue, depuis le Moyen Empire jusqu’à la fin de l’antiquité, comme la ville
sainte du dieu dynastique Amon. En son temps, cette agglomération comptait un
nombre important de pylônes de temples et d’entrées monumentales. C’est
pourquoi les Grecs la nommeront "la Ville aux cent Portes". Pour les
Égyptiens, elle était simplement Ouaset « la Ville du Sceptre », faisant
ainsi référence à l’instrument du pouvoir suprême.
L'histoire
La
cité était composée de deux agglomérations, chacune organisée autour d’un
temple majeur : Karnak au nord, Louxor au sud. Entre les deux sanctuaires se
trouvait une allée processionnelle longue de 2,5 kilomètres bordée de sphinxs.
À Louxor, l’unique témoin subsistant de cette splendeur passée est le
magnifique temple que les Égyptiens appelaient Ipat-resyt, le « Harem du sud
». Dès le Moyen Empire, ce lieu était étroitement lié à la célébration de la
fête d’Opet. À cette occasion, le dieu Amon-Rê, la déesse Mout et le dieu
Khonsou quittaient le temple de Karnak en une longue procession, pour
rejoindre le temple de Louxor. Les statues de ces divinités étaient alors
placées dans des barques sacrées que les prêtres portaient sur leurs épaules.
Cette cérémonie durait de 11 à 24 jours. Elle célébrait l’union du dieu avec
son épouse et consacrait le renouvellement du pouvoir régénérateur d’Amon, et
par là même, de son représentant terrestre, le souverain. Ainsi régénéré, il
pouvait continuer à apporter la fertilité et la prospérité à toute l’Égypte.
L’axe du temple de Louxor est perpendiculaire à celui de Karnak. Parallèle
au Nil, il croise la course solaire, associant ainsi les forces créatrices de
l’astre et la puissance vivifiante des eaux de l’inondation.

L'architecture
C’est principalement à deux pharaons du
Nouvel
Empire que l’on doit la
construction du temple tel que nous le connaissons actuellement :
Aménophis III (XVIIIe dynastie) agrandit considérablement le sanctuaire du
Moyen Empire, pour y bâtir le temple proprement
dit et, plus tard,
l’illustre Ramsès II (XIXe dynastie) y construira le monumental pylône
d’entrée ainsi qu’une grande cour à ciel ouvert. Après son règne, le
temple ne sera
presque plus agrandi. Seul, Nectanébo Ier (XXXe dynastie)
fermera le parvis par un mur de briques crues.
Plus tard, Alexandre le Grand fera restaurer les temples de Thèbes,
délabrés par le temps et les invasions. Sous la domination romaine,
l’empereur Hadrien fit ériger un petit temple dédié à Sérapis, tandis que
Dioclétien transformera cet endroit en un camp fortifié, dont il ne reste
plus aujourd’hui, que quelques rares vestiges. Celui-ci
donnera d’ailleurs
le nom actuel au site, puisqu’en arabe el-ouqsor signifie "les
fortifications".
Sous l’Empire byzantin, les Coptes implantèrent plusieurs églises sur les
antiques sanctuaires. Au milieu du XIIIe siècle de notre ère, les
musulmans construiront, sur les restes d’une église, une mosquée dans la
grande cour de Ramsès II : la mosquée d’Abou el-Haggag, toujours en
activité aujourd’hui.
L’important ensablement du temple de Louxor conduira Gaston Maspero
à dégager ces monuments, témoins d’un passé glorieux. Cette opération
débutera en 1885 et s’achèvera seulement en 1937.
Le
plan du temple
(1)
Obélisques et colosses de Ramsès II

Après
avoir suivi le dromos, nous parvenons devant un superbe pylône précédé de deux
colosses et d’un obélisque. Mais le compte n’est pas tout à fait juste puisque,
initialement, c’étaient deux obélisques et
six statues qui
gardaient l’entrée du temple.
La
majestueuse porte du pylône est flanquée de deux colosses en granit,
représentations
de Ramsès II assis sur son trône. Devant chaque môle du
pylône, quatre autres statues de Ramsès II debout, en granit rose, se
partageaient l’espace avec des mâts supportant des étendards. Seul subsiste
aujourd’hui un de ces colosses, les autres ayant été allégrement débités
aux époques ultérieures, quelques blocs épars gisant encore à proximité.
Chaque statue de Pharaon assis
était flanquée d’un obélisque de 25 m de haut dont la base atteignait les 2,50
m. Actuellement, seul celui de gauche est encore en place. Son compagnon, offert
à la France par Mohamed Ali en 1836, domine la place de la Concorde à Paris.
(2)
Le pylône de Ramsès II
Tout comme dans le temple de Karnak, nous allons retrouver, tout au long de
cette visite, des marques du passage du grand Ramsès II. Lors de la première
année de son règne, il décida de construire, en avant de la colonnade d’Amenhotep
III, une grande cour qui porte son nom précédée d’un pylône. Les travaux
commencèrent la première année de son règne pour s’achever deux ans plus tard.
Quelques années ont passé et, en l’an V, afin de commémorer l’inoubliable
épisode de la bataille de Kadesh, il fit graver sur les murs les récits du
combat et de sa victoire. Bien sûr, outre les descriptions « techniques » de
la bataille, le fameux poème de Pentaour exalte la valeur de Pharaon au
combat, son courage immense et l’aide providentielle d’Amon qui l’épaula
lorsque tous l’avaient abandonné.

(5)
La grande cour de Ramsès II
Après
avoir franchi la porte du pylône, nous pénétrons au sein d’une grande Cour,
œuvre de Ramsès II. Les murs qui ceignent cette Cour sont gravés des
représentations de la Belle fête d’Opet. Un bas-relief de la paroi sud montre
une intéressante image : on y voit une reproduction du pylône entouré de ses
deux obélisques et flanqué des deux statues de Ramsès sur son trône, statues
dessinées de profil afin de respecter les canons en vigueur du dessin
égyptien, ces statues étant, bien entendu, de face dans la réalité.
Sur ses quatre côtés, cette cour est bordée d’une double colonnade accompagnée
de onze statues colossales dont certaines datent d’Amenhotep III mais furent
réutilisées par Ramsès II. Il en conçut tout de même deux, en granit noir,
qu’il plaça de part et d’autre de la porte menant à la grande Colonnade.
(3)
La chapelle reposoir de Hatchepsout
Sur
le côté droit de la Cour de Ramsès II se dresse une chapelle tripartite
destinée à recevoir les barques sacrées de la triade thébaine. On l’attribue
généralement à la Reine Hatchepsout (certains penchent pour Thoutmosis III)
qui en conçut l’architrave et les colonnes en forme de papyrus mais l’on ne
sait pas encore avec certitude si elle utilisa les éléments d’un sanctuaire
déjà en place. Toujours est-il que le Grand Ramsès II y déposa encore sa
marque en apposant son nom illustre sur les parois de ce monument ! Mais en
omettant, cependant, d’effacer certaines marques du féminin composant le nom
de la Reine Hatchepsout, oubli autorisant à croire que la Reine participa à la
construction de ce monument. Toutefois, respectueux de la valeur symbolique de
cette chapelle divine, il n’hésita pas à tracer de biais les plans de sa cour
ce qui lui donne cet aspect légèrement déviant.
(4)
La
mosquée d’Aboul el-Haggag
Sur
le côté gauche de la Cour de Ramsès II se dresse, élément anachronique de ce
temple, la mosquée d’Aboul el-Haggag dont le minaret blanc côtoie les hautes
cimes des colonnes de l’Egypte antique.

(a)
Les
colosses de Ramsès II
De chaque côté de la porte du
second pylône d’Amenhotep III, l’on peut encore voir deux colossales statues
de granit noir représentant Ramsès II assis sur son trône. Ces statues sont
intéressantes car le socle qui soutient l’une d’entre elles offre la
représentation du Sema-Taouy ou Réunion des Deux terres. Cette scène
symbolique que l’on voit généralement sculptée sur le flanc des trônes royaux
(on le rencontre dès la dynastie I) est formée du signe hiéroglyphique Sema
qui veut dire unir, lier autour duquel s’entrelacent, de part et d’autre de la
représentation de la trachée et des poumons, les deux plantes héraldiques de
la Haute et de la Basse Egypte, le
lis
et le
papyrus.
On peut trouver aussi (dès le Moyen Empire) deux génies au ventre rond et
proéminent, symboles de l’Inondation miraculeuse.
(6)
(7)
Le pylône et la Colonnade d’Amenhotep III
Ce
pylône qui est l’œuvre d’Amenhotep III ouvre l’accès sur une majestueuse
colonnade conçue aussi par
ce Pharaon. Elle est composée de deux rangées de sept colonnes campaniformes
(colonnes papyriformes imitant l’ombelle d’un papyrus) qui s’élèvent à près de
21,20 m de haut. Les parois de cette colonnade sont illustrées des merveilleux
reliefs commandés par Toutankhamon et décrivant les fastes de la Belle Fête d’Opet.
Ainsi, sur la paroi nord on peut voir Pharaon effectuant libations et
fumigations à Amon tandis que la paroi ouest relate le transport des barques
de Mout et Khonsou du temple de Karnak jusqu’au débarcadère d’où elles
partiront ensuite en direction de Louxor.
(8)
La
grande Cour d’Amenhotep III
La
grande colonnade conduit à une magnifique cour à ciel ouvert, œuvre également
d’Amenhotep III. Elle est ceinte sur trois de ses côtés par une double
colonnade d’éléments papyriformes. En tout, l’on dénombre quatre-vingt-seize
colonnes. C’est dans cette cour que l’on découvrit, en 1989, inhumées dans une
fosse relativement profonde vingt-six statues datant du Nouvel Empire et de la
Basse Epoque. On exhuma, entre autres, une superbe statue d’Amenhotep III sur
un traîneau : son originalité réside dans l’unicité de l’image représentée car
il faut y voir, non pas le Pharaon lui-même ainsi transporté mais plutôt sa
statue.
(9)
Première salle hypostyle
Après avoir traversé une salle
soutenue par trente-deux colonnes et qui est le prolongement de la Grande
Cour, nous arrivons au cœur d’une première salle hypostyle soutenue par huit
colonnes. Au sud de cette salle était prévue une chapelle au sein de laquelle
l’on déposait la statue du
ka
royal lors des fêtes processionnelles.
(10) (11)
La Chambre des Offrandes et le sanctuaire de la barque sacrée
Puis, dans l’axe du temple, nous
débouchons dans la Chambre des Offrandes suivie du sanctuaire de la barque
sacrée. A l’est du sanctuaire de la barque, deux salles sont illustrées de
l’épisode de la
théogamie
ou Mythe de la Naissance Royale où
(12)
La seconde salle hypostyle
Cette salle hypostyle soutenue par un ensemble de
douze colonnes symbolise le lieu précis de la course du soleil dans le ciel.
En arrière de cette salle, un sanctuaire formé de trois salles abritait les
statues de la triade thébaine Amon, Mout et Khonsou.
haut de page
