 Bès panthée
26è dynastie,
règne de Psammétique 1er.
© Musée du Louvre / Poncet |
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L'association de l'Égypte au monde
de la magie et aux pratiques occultes est ancienne et fréquente. Cette
fascination pour les mystères de l'Égypte se retrouve dans les textes
antiques, mais aussi dans le monde de l'ésotérisme. On pense au duel de
magie entre Moïse et les magiciens de Pharaon ou aux inscriptions grecques
et romaines en appelant à des divinités égyptiennes pour renforcer
l'efficacité des charmes magiques.
"Quant à cette formule, nul ne doit la voir, nul ne doit la connaître. Ne la
révèle pas au commun des mortels !" L'exposition "Heka - Magie et
envoûtement dans l'Égypte ancienne" déroge à cette règle et revient sur la
notion de magie dans son acception égyptienne, en illustrant l'un de ses
aspects: le Heka. Les ennemis de l'ordre terrestre, la Mort et ses
émissaires étaient conjurés par les Égyptiens au moyen de rites oraux ou
écrits, dont le contenu est livré aujourd'hui par des papyri et des objets
égyptiens. Amulettes, bâtons magiques, statuettes constituaient l'attirail
auquel le magicien avait recours en Égypte. Au total, quelque deux cent
cinquante objets, dont les figurines de prisonnier ligoté acquises
récemment, révéleront au visiteur les pratiques de l'Égypte ancienne mais
aussi leur postérité.
Exposition du département des
Antiquités égyptiennes.
Commissaire et auteur du catalogue: Marc Etienne. |
par Claude Rilly
PARIS, 25 Décembre
2000 - La magie n'a pas de patrie, mais elle a un
berceau : l'ancienne Égypte. Bien que les pratiques occultes de l'Occident aient
probablement plus de racines dans les civilisations de l'Euphrate que dans la
vallée du Nil, c'est toujours sur la terre des Pharaons que les magiciens
arabes, puis européens ont situé les origines de leur art. La Kabbale ne
dit-elle pas que des dix parts de magie qu'a reçues la Terre, neuf sont échues à
la seule Égypte, tandis que le reste du monde s'est partagé la dixième ? La
Bible ne présente-t-elle pas les magiciens égyptiens si puissants qu'ils peuvent
reproduire les sortilèges que l'Éternel fait accomplir à Moïse pour convaincre
Pharaon ? Chaque Égyptien est à sa manière un magicien, et participe de cette
puissance que les dieux ont donné aux hommes pour agir sur le réel, le Heka. Il
n'est pas un scribe, il n'est pas un prêtre qui ne doive à l'occasion recourir à
cette pratique. Irtysen, un sculpteur du Moyen Empire, après avoir détaillé ses
compétences techniques et artistiques, proclame : " Quant à toute forme de Heka,
j'en ai la connaissance ". Sculpter une statue est en effet faire œuvre de Heka,
car l'Égyptien n'y voit ni commémoration, ni esthétique, mais un moyen de
proroger magiquement pour l'éternité un peu de l'existence de son modèle. Tracer
des hiéroglyphes est aussi faire œuvre de Heka, car la maîtrise du mot écrit
confère de la puissance sur la chose décrite, et la pérennité extraordinaire du
système graphique égyptien, lourd, compliqué, incommode, s'explique
essentiellement par la valeur magique de cette écriture.
Dans
ces conditions, on comprend la difficulté qu'il y avait à organiser une
exposition sur la magie en Égypte ancienne : il aurait fallu ni plus ni moins
produire tout ce que cette civilisation nous a légué, puisque tout y est baigné
de magie. Les commissaires du Louvre ont donc été obligés de prendre un parti
quelque peu réducteur et eurocentriste, et de se limiter à ce que nous appelons
magie dans l'Occident moderne : statues d'envoûtement, rituels contre les
sortilèges divins, objets de divination, textes de protection, représentations
de dieux guérisseurs. Quelques 250 objets sont présentés, dont la majeure partie
appartiennent au Louvre : le Musée, qui possédait déjà une collection importante
sur ce thème, s'est en effet récemment enrichi de pièces nouvelles qu'on pourra
découvrir à cette occasion. Le fil conducteur est d'ordre principalement
sociologique, la magie étant présentée dans sa finalité religieuse, puis
politique, avant de passer à la vie quotidienne. Une part importante est faite à
la fin aux " survivances d'hier et d'aujourd'hui " : on s'étonnera en
particulier devant quelques textes magiques récemment écrits, et que des
visiteurs un peu sorciers ont glissés sous les statues divines de la galerie
Henri IV, dans les anciennes salles égyptiennes. Lors du déménagement de ces
sculptures en 1995, les ouvriers eurent ainsi la surprise de retrouver des
parchemins parfois écrits en grec, hébreu, voire en runes... Le sculpteur
Irtysen avait peut-être raison !
Statue de
prisonnier entravé (catalogue n° 83 ; Musée de Lille) :
La politique aussi est en Égypte affaire de magie. Le
pharaon ne compte pas seulement sur ses armées pour repousser les assaillants,
ou sur ses diplomates pour circonvenir les nations hostiles. Il compte aussi sur
ses magiciens pour ensorceler les chefs ennemis. La statue présentée ici
provient des fouilles de Mirgissa, en Nubie, par l'équipe du professeur
Vercoutter récemment décédé, et s'inscrivait dans un programme de défense de la
frontière sud au Moyen Empire (vers 2000 av. J.-C.), qui comprenait des
forteresses, des garnisons et des patrouilles, mais aussi des prêtres-magiciens
dont le rôle était d'affaiblir par leurs sortilèges les souverains méridionaux
dont les incursions terrorisaient les Égyptiens. Le chef ennemi était ainsi
représenté en captif, et un texte d'identification complétait le dispositif
magique: " le prince de X, né de A et de B, et tous les frappés qui sont avec
lui ". On inscrivait aussi les noms et les titres de l'envoûté sur des vases
d'argile que l'on brisait ensuite pour entraîner du même coup la ruine de la
victime. La même méthode était appliquée aux souverains asiatiques, sur la
frontière septentrionale.
Semelle de
sarcophage ptolémaïque (catalogue n° 12 et 93 ; Musée du Louvre) :
La représentation des ennemis traditionnels de l'Égypte
sur une étoffe peinte ajustée à la semelle de sarcophage participe de la même
pratique, généralement réservée au pharaon dans les époques antérieures. On
possède ainsi des cannes retrouvées dans le tombeau de Toutankhamon, dont le
pommeau figure un des ennemis séculaire de l'Égypte, et qui, contrairement à
notre usage, était porté vers le bas afin de mordre la poussière à chaque pas du
pharaon. On voit ici un prisonnier africain, représentant les Nubiens, ennemis
du Sud, et un prisonnier asiatique, représentant les Syriens, ennemis du Nord.
Tous deux, figurant sur la semelle du sarcophage, sont ainsi littéralement
foulés aux pieds. Ce motif n'a évidemment plus à l'époque ptolémaïque (du IVème
au Ier siècles av. J.-C.) et pour des particuliers une valeur politique, mais
métaphorique : avec cette représentation haute en couleur, ce sont les ennemis
du défunt dans l'au-delà qui sont liés par la force du Heka. On y trouve aussi
un écho de certains papyrus magiques qui garantissent contre la magie " nubienne
" et " syrienne ", l'évocation de ces étrangers géographiquement opposés offrant
l'image d'une protection universelle.
Boules magiques
(catalogue n° 57 à 60) :
Le rituel magique des quatre boules est expliqué sur un
papyrus magique du Metropolitan Museum de New York, et sur les murs du temple d'Hibis
dans l'oasis de Kharga. Il s'agit d'une pratique cultuelle destinée à contrer
les ennemis du dieu Osiris, notamment son frère maléfique Seth, dont les
attaques pourraient compromettre la bonne marche du monde. Tous les jours, dans
certains temples, étaient modelées quatre boules d'argile, chacune inscrite au
nom d'une divinité, et sur lesquelles était récitée une formule contre un
éventuel agresseur d'Osiris. Le rite s'achevait par la projection des sphères
d'argile vers chacun des points cardinaux. Les quatre boules présentées ici sont
inscrites aux noms des déesses Bastet, Sekhmet, Sechemtet et Ouadjet.
Papyrus-amulette
oraculaire (catalogue 138 et 139 ; Musée du Louvre) :
Parmi tous les talismans dont les Égyptiens étaient
bardés, il existe une catégorie très intéressante, mais dont l'emploi n'est
attesté que pour la IIIème Période Intermédiaire (début du premier millénaire
av. J.-C.). Il s'agit de bandes de papyrus très étroites (environ 6 cm), mais
dont la longueur peut dépasser le mètre. Une vingtaine de ces textes ont été
retrouvés jusqu'à présent, principalement dans la région de Thèbes. Chacun
d'entre eux porte une longue bénédiction édictée par certains dieux, et mettant
l'individu qui le portait à l'abri des maladies, des maléfices et des malheurs
divers qui auraient pu le frapper, et qui sont explicitement énumérés sur le
document. Les quelques extraits suivants d'un de ces papyrus donnent un bon
exemple de ce genre de textes :
" Nous préserverons Bouirouharkhons, dont la mère est
Djedkhons, notre servante et notre progéniture. Nous la garderons saine dans sa
chair et ses os. Nous ouvrirons sa bouche pour qu'elle mange et nous ouvrirons
sa bouche pour qu'elle boive. (...) Nous la préserverons de tout démon mâle et
de tout démon femelle. Nous la préserverons d'un démon du fleuve, d'un démon
d'un canal, d'un démon d'un puits, de tout démon d'un lac. (...) Nous la
préserverons d'une affection du cœur, d'une affection des poumons, d'une
affection de la rate, d'une affection de la tête, d'une affection de l'abdomen
(...). Nous la préserverons de tout trouble et de toute maladie. Nous la
préserverons des étoiles malignes du ciel ; nous la préserverons des étoiles du
ciel porteuses de maladies. Nous la préserverons d'Amon, de Mout, de Khonsou, de
Rê, de Ptah, de Bastet et de tout dieu ou toute déesse qui exercent leur
puissance quand ils ne sont pas apaisés. "
Ces
documents étaient roulés, et conservés dans un étui de cuir, de bois, et même
parfois en or, comme celui qui est présenté dans l'exposition et qui est inscrit
au nom d'un certain Shaq (catalogue n° 138). Cette coutume, qui par la suite a
disparu en Égypte, a continué en Nubie, et l'on a publié ces derniers mois
certains de ces textes, écrits dans la langue du royaume de Méroé quelque mille
ans plus tard. En revanche, l'habitude de porter des textes magiques dans des
étuis assujettis au cou ou au bras s'est conservée jusqu'à nos jours dans
presque tous les pays d'Afrique Orientale.
Magie et
Sorcellerie dans l'Antiquité
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Si l'on considère
l'architecture sociale des anciennes civilisations, nous constatons que
les groupements à vocation initiatiques en formaient le cœur.
Aux époques antiques,
l'initiation constitue un véritable métier et permet à l'initié de
s'intégrer dans le corps social. Nul ne peut devenir roi sans avoir été
initié. Ainsi il n'y a pas avant l'ère chrétienne de sociétés secrètes au
sens ou nous l'entendons actuellement; puisque les groupements
initiatiques participent au gouvernement des royaumes.
C'est on ne peut
plus vrai en Egypte antique ou pendant des millénaires, Pharaon fut à la
fois initié mystique, dieu vivant, et roi.
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méroé, soudan. |
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Le Ka, principe magique
de l'être, fluide vital, est sans doute resté une référence incontournable
dans les explications actuelles de la magie.
Sa manipulation se fait en parallèle avec celle des métaux (l'or le
symbolise), le travail de la pierre (la plus haute et spirituelle des
initiations) et l'origine de l'alchimie.
Isis est alors La Déesse
de La Magie et l'Egypte à son apogée.
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LA MAGIE EGYPTIENNE ET NOUS
Ainsi être Pharaon était du
domaine de l'expérience divine, hors de portée du vécu humain.
Pharaon pouvait -entre autre- tout simplement converser avec les Dieux.
Ainsi en va-t-il des
traditions égyptiennes qui sont transmises par les Dieux plus que par les
initiés humains.
Beaucoup de traditions
modernes cherchent une justification dans une improbable continuité des
initiations d'origine égyptienne. Si bien sur la magie pratiquée aujourd'hui a
gardé des traces des rites célébrés dans les mystères des Temples d'Egypte; la
véritable tradition égyptienne n'est pas à chercher dans les groupes occultes
qui ont ce genre de prétention, mais auprès des Dieux eux-mêmes qui n'ont pas
déménagé.
Sources
http://www.louvre.fr/archives/expos/heka.htm
http://www.culturekiosque.com/art/exhibiti/rhfheka.htm
http://www.pandore.net/magies/