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Sakkara


 La
pyramide à étages de Sakkara fut construite
vers -2700 pour le pharaon Djoser par
l'architecte Imhotep. Ce dernier
inventa l'architecture en pierre et imagina le principe de la pyramide en
"empilant" des tombeaux (mastabas) traditionnels rectangulaires.
Imhotep fut divinisé à la
Basse Epoque, et ce culte est à l'origine du dieu grec Asclépios (Esculape
pour les latins).

Le mur d’enceinte à redans du
complexe funéraire de Djéser comportait quinze portes dont quatorze
étaient factices. Seule la porte située à l’angle sud-est donnait accès au
sanctuaire.
Imhotep
Son
nom signifie "Celui qui vient en paix".
Premier ministre
du roi Djoser (IIIe dynastie), Imhotep fut honoré pendant plus de 1 000 ans et
même divinisé en tant que guérisseur. D'après la tradition, il était aussi
sculpteur, philosophe, médecin, magicien, astrologue, patron des écrivains et
des scribes.
Second personnage du royaume, il avait de lourdes charges administratives à la
cour du roi.
Il est l'auteur
d'une révolution artistique sans précédent et aux conséquences considérables
puisqu'il fut le premier architecte à construire en pierre. Il fut également
grand prêtre du soleil à Héliopolis, la ville sainte par excellence, la cité du
dieu soleil.
Des temples et
des sanctuaires furent élevés en son honneur des siècles après sa mort : à
Karnak, à Deir el-Bahari, à Deir el-Medineh, à Philae...
Il devint plus célèbre que le souverain qu'il avait été chargé d'installer dans
l'immortalité. Il fait même partie d'une "triade" (conception égyptienne de la
famille divine) : il est le fils du dieu Ptah, le patron des artisans, et de la
déesse Sekhmet. Il est donc un "dieu fils" vénéré jusqu'à l'époque des
Ptolémées.
Les Grecs
l'assimilèrent à Asklépios, dieu de la médecine, connu aussi sous le nom
d'Esculape.
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"La mémoire de
Sakkara"

Jean-Philippe Lauer naît à Paris le
7 mai 1902 et fait des études de latin - grec puis d'architecture à Paris.
L'Egypte entre dans sa vie de façon imprévue : Pierre Lacau (directeur général
du Service des Antiquités d'Egypte) est à la recherche d'un architecte pour
aider Cecil M. Firth. Directeur des fouilles à Sakkara, il vient de découvrir
les les vestiges de monuments très anciens. Il en fait part à Jacques Hardy (le
cousin de Lauer) architecte lui aussi, installé au Caire. En juillet 1926, le
Service des Antiquités l'engage pour 8 mois en qualité d'architecte assistant de
Firth.
A cette époque,
le site a déjà été en partie fouillé mais personne n'a imaginé l'existence de
monuments autour de la Pyramide à degrés. En 1821, le général prussien von
Minutoli, accompagné de l'ingénieur italien Segato, fut le premier à explorer
l'intérieur de la pyramide et en fit un relevé des galeries, qu'il publia
ensuite. Un autre ingénieur, Valeriani, fit une reconstitution en couleur de
l'une des chambres à faïences bleues, découvertes au cours de son exploration.
Von Minutoli mentionna divers objets recueillis dans la pyramide, dont les
restes d'une momie abandonnée dans un couloir. Ces objets furent expédiés vers
la Prusse sur un bateau qui fit malheureusement naufrage. En 1837, l'ingénieur
J.S. Perring entreprit des déblaiements sur le site.
En 1842-1843,
l'archéologue Richard Lepsius y accomplit une première exploration systématique.
En 1851, Auguste Mariette découvrit le Serapeum, attirant l'attention du monde
sur Sakkara.
Un siècle plus
tard, Jean-Philippe Lauer décide, malgré l'exiguïté de son accès, de descendre
le caveau.
Un énorme bouchon de granit pesant 4 tonnes obture l'orifice d'accès, les
voleurs n'en ayant cassé qu'une petite partie. A son grand étonnement, il trouve
un pied gauche momifié, en parfait état de conservation, soigneusement enrobé
dans un tissu reproduisant les moindres détails des orteils. Cette méthode
consistant
à reconstituer le modelé et le volume des différentes parties du corps avec une
étoffe enduite de substances résineuses fut employée à une époque très ancienne,
lorsqu'on ne savait pas encore conserver les chairs.
Ces ossements appartenaient donc à un corps daté de l'Ancien Empire. Fin
novembre 1926, Jean-Philippe rejoint Sakkara. Dès son arrivée, il rencontre
Gustave Jéquier, égyptologue d'origine suisse, sous la direction duquel il fait
ses premières armes en égyptologie. La curiosité de Jéquier s'est portée
d'emblée sur un monument particulièrement insolite : un curieux et gigantesque
tombeau en forme de sarcophage, datant de la IVe dynastie et qu'il a attribué au
roi Shepseskaf (fils de Mykérinos). Lorsque Lauer débarque sur le chantier, le
déblaiement en est presque terminé. Jéquier s'est déjà attaqué au dégagement des
petits tombeaux annexes et vient d'entamer la fouille du complexe de la pyramide
de Pépi II (VIe dynastie), dont il confie les relevés archéologiques à son
assistant.
Dès les premiers
jours de janvier 1927, Lauer peut enfin s'installer dans sa maison
de Sakkara Nord, dont Firth avait fait entreprendre les travaux. Bâtie en
briques de terre crue sur un promontoire qui domine la vallée, elle se trouve
adossée à une falaise et isolée de tout. D'une simplicité monacale, elle se
composait alors de 2 pièces, d'une cuisine et de la chambre du domestique.
Si sa collaboration avec Firth débute dès la première semaine de janvier, il
n'en abandonne pas pour autant Jéquier. La fidélité en amitié est chez lui un
principe auquel il ne dérogera jamais. Une fois par semaine, il continue donc à
se rendre à Sakkara Sud pour relever les plans des principaux vestiges mis au
jour par l'archéologue suisse. Pour commencer, Firth lui confie l'étude des 2
premiers édifices déblayés en 1924, baptisés "Maison du Nord" et "Maison du
Sud". A la fin de la première campagne, il a reconstitué sur le papier
l'intégralité d'une façade. Il dresse des plans qu'il modifie en fonction de ce
que les fouilles révèlent. Sa méconnaissance de l'architecture égyptienne est un
avantage précieux : il n'a aucune idée préconçue et n'est pas influencé par
l'architecture postérieure. Il n'a pas étudié l'arabe, l'hébreu ou l'araméen et
les hiéroglyphes représentent pour lui la plus fabuleuse énigme ayant jamais
existé ! En mai, Lacau lui propose de renouveler son contrat pour 8 mois. C'est
le début d'une interminable série d'engagements, jamais définitifs mais toujours
renouvelés.
Automne 1927 : à
25 ans, Jean-Philippe Lauer entame sa deuxième campagne de fouilles. Tout en
secondant Firth sur ses différents chantiers, il continue activement ses propres
travaux dans le complexe funéraire de Djoser. Il poursuit le déblaiement de cet
ensemble d'une surface de 15 hectares, délimité par une enceinte dont les
vestiges s'étendent parallèlement à la vallée sur une longueur de 544 mètres. Il
parvient à repérer l'emplacement des 14 fausses portes destinées à en marquer
symboliquement l'entrée : 4 sur chacun des grands côtés de l'enceinte et 3 sur
chacun des petits. Cette enceinte était une représentation en pierre de la
muraille blanche en brique crue ayant entouré la ville de Memphis, mais celle de
Djoser a été érigée pour l'éternité. Pendant ce temps, Firth s'attaque au
versant sud de l'enceinte. Au cours des travaux de déblaiement apparaissent,
presque intacts, sur une centaine de mètres pour une hauteur de près de 4
mètres, les vestiges d'un mur bastionné. Non loin de là, les ouvriers tombent
sur les fragments d'une frise de cobras.
Au même endroit, Jean-Philippe restaurera quelques années plus tard un mur à
redans sur lequel il replacera les quelques cobras qu'il a pu reconstituer.
C'est au cours de la campagne de 1928 qu'est atteint le tombeau sud. Pour
dégager le puits profond de 28 mètres, les ouvriers doivent retirer des tonnes
de pierre, puis consolider les voûtes et refaire les linteaux pour parvenir
enfin à un caveau de granit vidé depuis longtemps de son contenu. Trop petit
pour avoir abrité un corps d'homme, il renfermait peut-être les vases canopes
destinés au roi. Au-delà, Firth et Lauer atteignent un escalier qui aboutit à
une porte murée. Ils tombent, 2 mètres plus bas, dans une antichambre où
personne n'a pénétré depuis plus de 4000 ans, franchissent une première salle
avant de parvenir à un étroit passage, puis entre dans une pièce oblongue. Il y
trouve une porte avec le protocole du roi, comme dans la pyramide à degrés. Dans
une salle perpendiculaire à la précédente, 6 panneaux surmontés de piliers djed
ont perdu la majeure partie des faïences bleues qui les recouvraient. Un autre
passage ouvre sur une seconde chambre où il voit 3 stèles fausses portes
recouvertes de reliefs d'une remarquable finesse. L'une d'elles représente
Djoser effectuant la course du Heb-Sed. Ils viennent de découvrir le cénotaphe
de Pharaon : le tombeau du ka du roi. C'est la réplique fidèle du tombeau de la
momie situé dans la pyramide.Un an plus tard, l'exploration a lieu sous la
pyramide même. Firth se retrouve dans 2 chambres à faïences bleues. L'une
d'elles abrite 3 stèles du roi, similaires à celles du tombeau sud, l'autre 3
panneaux surmontés de piliers djed. Ainsi,
Imhotep
a bien fait ériger pour Djoser 2 tombeaux totalement identiques, celui de la
pyramide paraissant toutefois inachevé.
La question fondamentale est maintenant de savoir pourquoi il y a 2 tombeaux
dans le même complexe funéraire. Quelques restes de la momie du roi ont été
retrouvés dans l'une des chambres sous la pyramide, apportant la preuve qu'il a
bien été enterré là ; on pourrait donc penser que le tombeau sud était destiné
aux vases canopes dans lesquels on conservait les viscères du défunt. Mais
pourquoi les placer ainsi à plus de 200 mètres du corps ? Lors des 2 premières
dynasties, il semble qu'il était de tradition pour les rois de se faire toujours
construire 2 tombeaux : l'un à Sakkara, face à leur capitale Memphis ; l'autre,
qui n'était sans doute qu'un cénotaphe, dans la nécropole ancestrale d'Oum-el-Gâab
près d'Abydos. Le tombeau sud de Djoser serait-il symboliquement le cénotaphe
qui aurait dû être érigé dans la nécropole du sud ? A ce jour, aucun document
n'a permis d'en apporter confirmation.
Lorsque
les Jouguet arrivent au Caire en janvier 1928, JP s'active dans les
gravats du tombeau sud. Il est d'usage pour tout fouilleur de venir saluer
le nouveau directeur de l'Ifao (Institut Français d'Archéologie
Orientale), ce qu'il fait sans tarder. En compagnie de son épouse et de
ses 2 filles (Elisabeth, 12 ans et Marguerite, 20 ans), il s'installe au
Palais de Mounira. Marguerite voit arriver l'été avec joie : cela signifie
le retour en France auquel elle aspire tant. Elle en profite pour
s'entretenir avec son père qui connaît son peu d'intérêt pour l'Egypte.
Ils finissent par tomber d'accord : Mimi passe encore un hiver au Caire
mais si elle n'y trouve toujours aucun plaisir, elle reviendra
définitivement en France. En octobre 1928, au retour des vacances, Mimi
accompagne son père dans une visite d'inspection à Sakkara. Le 1er
octobre 1929, JP l'épouse. Après leur voyage de noces, Firth leur fait la
surprise de les expédier à Philae où ils découvrent le sanctuaire dédié à
Isis : le lieu où s'est achevée la civilisation pharaonique, où s'éteignit
voilà près de 1800 ans le langage des hiéroglyphes.
Beaucoup de voyageurs cosmopolites étant attirés par l'Egypte depuis la
découverte du trésor de Toutankhamon (1922), les visites du site
deviennent, pour les Lauer, une activité à plein temps. Il leur incombe de
recevoir des personnalités parmi lesquelles : la reine Marie de Roumanie,
la reine Elisabeth de Belgique, le prince de Hesse (allemand, gendre du
roi d'Italie),le roi du Cambodge, le roi Victor-Emmanuel d'Italie, le roi
Alphonse XIII d'Espagne. Durant l'été 1931, Firth, âgé d'à peine cinquante
ans, est brutalement emporté par une congestion pulmonaire sur le bateau
qui le ramenait en Angleterre. A 29 ans, Jean-Philippe se retrouve alors
seul archéologue à Sakkara Nord. Lauer consacre une partie de l'hiver 1931
à compléter les relevés dans l'enceinte de Djoser et commence, sur le
papier, la restitution théorique de l'ensemble funéraire.
Les
galeries intérieures sont en majeure partie inexplorées, même si l'on sait
qu'un réseau de galeries plus profondes que celles des appartements royaux
est situé à 33 mètres au-dessous de la base de la pyramide.
Lors de la découverte de la chambre des stèles, il a remarqué un vaste
trou dans le sol de cette pièce. Quibell
— le successeur de Firth — et lui déblaient donc la cavité pour se glisser
dans un couloir qui les mène dans une galerie, où ils découvrent 2
sarcophages d'albâtre au couvercle brisé. En vidant l'une des 2 cuves, ils
trouvent les ossements d'un enfant, ce qui tend à prouver que la pyramide
à degrés n'a pas été exclusivement la tombe du roi mais également celle de
sa famille. Lauer fait le rapprochement avec l'énigme des 2 tombeaux de
Djoser : comme à la IIIe dynastie on plaçait encore les vases canopes dans
un véritable sarcophage, on peut supposer que le corps avait été déposé
dans le premier tombeau et les canopes dans le second. Derrière la salle
des sarcophages, ils découvrent une série de galeries-magasins inviolées
contenant plus de 30 000 pièces de vaisselle. La chambre des panneaux de
faïences bleues étant inaccessible aux touristes, Lauer, avec l'accord de
Lacau, retire les faïences pour reconstituer l'un des panneaux au musée du
Caire. En avril 1936, une page de l'histoire de l'Egypte se tourne avec la
mort du roi Fouad. Après une période de régence, son jeune fils Farouk Ier
est couronné en juillet 1937.
Lacau prend sa retraite après plus de vingt ans passés à la tête du
Service des Antiquités d'Egypte.
Etienne Drioton, un autre Français, lui succède. Depuis la disparition de
Firth, Lauer est resté seul à Sakkara avec Quibell qui, âgé et malade,
prend sa retraite un peu avant Lacau. Il meurt au lendemain de son retour
en Angleterre.
W.B. Emery, archéologue britannique nommé en remplacement, se lance
immédiatement dans la poursuite des fouilles entreprises par son
prédécesseur au-dessus du village d'Abousir, là où se trouvent des tombes
des I, II et IIIe dynasties. Il délimite un secteur de fouilles
à Sakkara Nord où il découvrira la plupart des tombes royales de la Ire
dynastie. Dans un puits funéraire de la IIIe dynastie, il trouve des
milliers de momies d'ibis. Ces découvertes marquent le début d'une
polémique qui se poursuit encore aujourd'hui. Il avait toujours été
entendu que les rois des 3 premières dynasties avaient été enterrés à
Abydos, la ville sacrée d'Osiris. Or, Emery, en accord avec Lauer, affirme
que les tombes en briques crues d'Abydos ne sont en fait que des
cénotaphes, les véritables tombeaux ayant été érigés à Sakkara. Emery
meurt brutalement sur le site, terrassé par une crise cardiaque. Lors de
la campagne de 1937, les Egyptiens commencent à s'intéresser aux
antiquités de leur pays
et Sélim Hassan est le premier sous-directeur égyptien du Service des
Antiquités.
La guerre éclate, en août 1939, alors que Jean-Philippe, Mimi et les
enfants sont en France. JP est mobilisé. Six longues années vont s'écouler
avant qu'il ne revoie Sakkara. Pendant ce temps, au Caire, Pierre Jouguet
prend sa retraite et cède la direction de l'Ifao à Charles Kuentz. Dès
juillet 1945, Lauer regagne l'Egypte et entreprend la reconstruction du
bastion d'entrée de l'enceinte de Djoser. En 1947, le père de Mimi est
emporté par un cancer. A l'automne, Jean-Philippe se retrouve seul à
Sakkara. Mimi et les enfants sont rentrés en France au cours de l'été. En
mars 1951, Lauer et Sainte-Fare Garnot prennent les rênes d'une mission du
CNRS : reconstituer les pyramides de Téti, Pépi Ier et Merenrê
(VIe dynastie). Il leur faut entreprendre d'énormes travaux pour
consolider les parois puis restaurer et replacer les blocs sur lesquels
sont gravés les textes.
Les premières difficultés diplomatiques avec l'Egypte interrompent les
travaux qui ne reprendront que durant la campagne 55-56, pour être à
nouveau interrompus par les événements de Suez puis enfin bloqués, en juin
1963, par la disparition prématurée de Sainte-Fare Garnot. Le 26 juillet
1952, la monarchie tombe et Farouk est destitué. Cette révolution, dirigée
par le général Neguib et le colonel Nasser, proclamera quelques mois plus
tard la république arabe d'Egypte. Conséquence directe sur la marche du
Service des Antiquités : pour la première fois, la direction en revient à
un Egyptien : Mustapha Amer. S'il remplira très bien son rôle, sa bonne
volonté restera impuissante devant la dégradation progressive des
relations franco-égyptiennes. En 1954, Nasser signe un accord prévoyant
l'évacuation des troupes britanniques du canal de Suez et leur départ
définitif d'Egypte. En 1955, il décide de la construction du Haut-Barrageà
Assouan.
En 1956, les Etats-Unis, en accord avec les Européens, lui en refusent le
financement.
Le 26 juillet, Nasser se dresse soudain contre l'Occident, en annonçant la
nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. De cette façon, il
pourra financer lui-même son barrage. Du jour au lendemain, l'Egypte se
vide et tout change : des structures du pays aux noms des rues. Au début,
Jean-Philippe peut encore se rendre sur le site sous escorte mais bien
vite, l'ensemble des travaux à Sakkara est arrêté. Il est contraint de
rester au Caire. Fin décembre, à bout de ressources, il décide de quitter
les lieux en utilisant ses dernières livres égyptiennes. En novembre 1959,
il part travailler en Libye. Les relations diplomatiques avec la France ne
semblant pas près de s'améliorer, il envisage de contourner les voies
officielles et de revenir au Caire par la Lybie. Lauer se rend
immédiatement au Service des Antiquités où il apprend que la décision de
lui laisser reprendre ses travaux appartient au ministre de la Culture :
Saroite Okacha. Jean-Philippe lui explique qu'il est, par la force des
choses, devenu fonctionnaire français mais que le CNRS ne s'opposera pas à
ce qu'il vienne travailler en Egypte 4 mois par an pour achever la
reconstruction des monuments de Djoser. Il obtient son accord et réintègre
enfin Sakkara où il lui reste tant à faire : achever la reconstitution de
l'ensemble funéraire de Djoser, déblayer et consolider les pyramides à
textes, poursuivre son étude architecturale et historique de l'ensemble
des pyramides d'Egypte.
En
janvier 1963, Lauer, Mimi et Jean Leclant s'embarquent pour la Nubie.
Après cette expédition, Mimi ne retournera pas en Egypte, désespérée de
voir combien, en 25 ans, Le Caire s'est détérioré et ne supportant plus la
confrontation avec ce monde qui lui est devenu étranger.
En janvier 1965, Jean Leclant fait son entrée sur la scène de Sakkara.
Lauer, à nouveau seul, lui demande de venir poursuivre le travail laissé
en cours par Sainte-Fare ; il a besoin d'un philologue pour recopier les
textes des pyramides.
En 1967, Lauer fait la connaissance de Salah el-Nagar, envoyé par Saroite
Okacha. Il s'intéresse vraiment aux monuments et ils reconstituent
ensemble plusieurs chapelles du Heb-Sed et préparent le deuxième tome de
l'ouvrage sur les pyramides. En 1974, le CNRS met Jean-Philippe Lauer à la
retraite tout en le nommant directeur honoraire mais il s'arrange pour se
greffer sur les 2 missions françaises qui viennent successivement fouiller
à Sakkara. La maison construite spécialement pour lui par Firth se
transforme en demeure commune pour les fouilleurs français. A 96 ans, JPL
passe toujours l'été à attendre avec la même impatience la prochaine
mission pour l'Egypte. Il a encore "tant à faire" à Sakkara… Il est depuis
longtemps tourmenté par
la pensée de ce qui adviendra du site de Djoser lorsqu'il ne sera plus là.
Pendant 72 ans, si le temps a passé trop vite, le travail a progressé avec
une infinie lenteur : parce que Jean-Philippe était seul avec des moyens
extrêmement réduits, peu d'ouvriers et surtout personne avec qui échanger
un avis sur des questions qui le préoccupaient. A Paris, il vit reclus
dans son bureau, travaillant dans l'urgence d'un temps qui se rétrécit de
jour en jour. A Sakkara, c'est un autre homme : moins silencieux, moins
solitaire, exalté dès qu'il parle de ses travaux. Tous ceux qui l'abordent
sont surpris par l'inaltérable jeunesse de son regard. Doté d'une
inépuisable énergie, il est une véritable force de la nature. Il a compris
que pour réussir à reconstituer les monuments de Sakkara il lui fallait
vivre dans l'abnégation de tout le reste.
Les Egyptiens disent en souriant que Dieu a oublié Jean-Philippe Lauer...

L'immense
nécropole memphite dont le centre est Sakkara s'étend sur une cinquantaine de
kilomètres en bordure de la vallée du Nil. Sakkara perpétue le nom de Sokar, le
dieu des morts de la première capitale de l'Egypte unifiée : Memphis. Des palais
de Djoser et de sa capitale, Memphis (l'une des plus anciennes et des plus
importantes villes du pays pendant des siècles), il ne reste rien.
Sur ce plateau
désertique, la pyramide à degrés du roi Djoser est le symbole de la IIIe
dynastie et de sa force. C'est la première pyramide d'entre toutes. Elle ne
comporte aucune inscription mais incarne, à elle seule, le symbole d'un peuple
qui voulait tenir le temps en échec, la tentative la plus grandiose de surmonter
la mort.
Ce mastaba, qui
n'atteint pas une dizaine de mètres de hauteur, est probablement jugé trop
modeste pour la gloire grandissante de Pharaon. Il sert alors de noyau à une
première pyramide à 4 gradins, qui cette fois, dépasse 40 mètres : une
superposition de plusieurs mastabas en somme. Ces gradins figurent l'escalier
symbolique dont il est souvent fait allusion dans les textes des pyramides et
qui devait faciliter l'ascension de l'âme du roi défunt vers son père Rê. Une
dernière modification, portant le nombre de gradins à 6, augmente cette fois
considérablement le volume de l'édifice car sa hauteur atteint alors une
soixantaine de mètres...
La pyramide mesurait à sa base 109 mètres sur 121 et abritait un dédale de
puits, de couloirs, de galeries et de chambres. A l'extérieur : divers édifices,
temples, chapelles et cours étaient destinés aux cérémonies liées à la survie du
roi. Le tout était entouré d'une enceinte à redans bastionnée comportant 14
portes, longue de
1 600 mètres pour une hauteur de 10,5 mètres.
A
Sakkara, l'ensemble spectaculaire construit par Imhotep n'est pas dédié au roi
mais à son ka, son principe de vie. Les édifices sont un simulacre, destinés à
son Heb-Sed, fête de jubilé, célébrée là symboliquement pour le renouvellement
de son pouvoir royal dans l'au-delà.
Imhotep a
construit un immense décor symbolique constitué de bâtiments factices.
L'évocation des façades extérieures devait suffire au ka pour suivre ses
pérégrinations à travers le chemin des âmes.
Après les
funérailles, mis à part le service des offrandes, il ne se déroulait plus aucune
cérémonie dans le complexe qui devenait alors un domaine purement idéal. Toutes
les portes de cette "demeure d'éternité", simulées dans la pierre, ne pouvaient
fonctionner idéalement qu'au commandement magique du ka royal.
La pyramide de
Djoser — comme d'ailleurs toutes les grandes pyramides d'Egypte — appartient par
sa technique et son outillage, à la période qui marque la fin du néolithique et
de l'âge de pierre. L'or et le cuivre sont alors les seuls métaux dont on
dispose, le bronze n'ayant fait son apparition que vers la fin de l'Ancien
Empire. L'ensemble funéraire de Djoser marque l'apogée et le terme de l'art
thinite, en même temps qu'il est le point de départ d'un art nouveau : celui de
l'Ancien Empire.
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Histoire
Nous ne
connaissons presque rien de l'histoire politique, administrative ou militaire de
l'Ancien Empire, la période la plus achevée de toute la civilisation égyptienne,
qui débute avec la IIIe dynastie et s'étend entre 2700 et 2160 avant J.-C. C'est
l'âge d'or, celui de la perfection. Le nombre et l'ordre de succession des rois
demeurent des énigmes ; il n'est donc pas certain que Djoser soit le premier
pharaon de la dynastie.
L'arrivée au
pouvoir d'un homme d'une trempe peu commune bouleverse une tradition bien
assise. Il laisse sur les monuments son nom d'Horus Neteri-Khet, "plus divin que
le corps des dieux", remplacé plus tard par Djoser, le "prestigieux", le
"sanctifié". Il règne de 2640 à 2575 ou de 2625 à 2605 avant J.-C. Les
générations postérieures garderont de lui le souvenir d'un homme sage, savant et
compétent. Le siècle de Djoser est celui d'une authentique sagesse.

Djoser est
peut-être le fils de Khasekhemoui, le dernier roi de la IIe dynastie. Le
souverain a certainement débuté son règne en Basse-Egypte mais, ayant compris
l'importance politique de Memphis, il viendra s'établir dans ce lieu
stratégique, point de jonction entre les 2 Egypte. Sous sa domination, l'Egypte
fait de tels progrès qu'il paraît clair qu'elle aborde une nouvelle étape de son
histoire. Pressé de dompter la mort, il entreprend la construction de sa tombe à
Sakkara. Le monument s'affirme bientôt comme le premier grand édifice en pierres
"appareillées". Le roi qui a toujours été le cœur vivant de la royauté est
désormais considéré comme un dieu. Il est l'héritier d'une sagesse millénaire et
celui qui a réussi, après les graves troubles de la IIe dynastie, à retrouver
l'unité originelle.
Sources
http://www.caes.cnrs.fr/caes-info/61/Lauer.htm
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